INVESTIGATIONS

Burundi : le doux poison de l’AMISOM (Deuxième partie)

Le nerf de la guerre, c’est l’argent. Et la guerre contre Al Shabab en Somalie n’échappe pas à cette règle vielle comme le monde. L’objectif initial poursuivi par les puissances et les organisations internationales qui financent la guerre en Somalie, d’une part, et par les pays africains qui ont envoyé leurs troupes combattre cette organisation islamiste d’autre part, l’objectif primordial de tous ces partenaires était de restaurer la paix et la stabilité en Somalie. Car ce pays de la corne d’Afrique est ravagé par une guerre civile interminable commencée le 26 janvier 1991 après la destitution du Président Siyaad Barre par des rebelles. Depuis plusieurs années, la Somalie a éclaté en trois entités régionales, Somaliland et Puntland au Nord et Somalia au Sud où se trouve la capitale Mogadishu.

Par Athanase Karayenga

A présent, des pays puissants (USA, Russie, Grande Bretagne, Italie), des organisations internationales ou régionales (Nations Unies, Union Européenne, Union Africaine) et plusieurs pays africains (Burundi, Djibouti, Ethiopie, Kenya, Ouganda) sont impliqués, d’une manière ou d’une autre, dans cette guerre. En réalité, ils sont pris dans le piège d’un conflit dont les enjeux ont dépassé la simple restauration de la paix et de la stabilité en Somalie. La libre navigation des navires de transport de marchandises, la protection des routes du pétrole provenant du Moyen Orient et passant par l’Océan Indien et enfin la lutte contre la piraterie maritime sont devenues les véritables enjeux stratégiques internationaux de cette guerre.
De ce fait, des sommes colossales sont investies dans cette guerre de Somalie devenue, en quelque sorte, l’Afghanistan de l’Afrique. Ces montagnes de dollars attisent évidemment la convoitise des uns et la cupidité des autres. Ainsi, plusieurs pays, dont le Burundi, profitent de cette guerre comme d’une corne d’abondance pour gagner beaucoup, beaucoup d’argent.

Et pas forcément de manière très honnête. A titre d’exemple, au Burundi et ce depuis plusieurs années, un cartel de chefs politiques et militaires a fait main basse sur les ressources fournies par l’AMISOM et se gave avec délectation et gloutonnerie des montants considérables d’argent gagnées sur le dos des contribuables des pays qui financent la guerre en Somalie, à savoir les Etats-Unis et l’Union Européenne.


Le magot de l’AMISOM


Le Burundi fait partie des pays africains dont le contingent lutte sur le terrain en Somalie. De ce fait et selon une dépêche de l’AFP du 23 décembre 2018 citant un responsable de l’Union Africaine, le pays récolte, tous les trois mois, une rondelette somme de 18 millions de dollars. Ce montant comprend les ponctions effectuées sur les soldes des militaires du contingent burundais mais aussi les frais de location du matériel militaire par le Burundi à l’Union Africaine. Les autres pays africains engagés dans la guerre en Somalie perçoivent aussi de coquettes sommes de dollars calculées en fonction du nombre des militaires de leurs contingents et de l’importance du matériel de guerre qu’ils louent à l’Union Africaine, les fameux « Country Own Equipment ».
Et quand l’Union Africaine a annoncé une réduction de 1.000 soldats du contingent burundais qui devraient être rapatriés le 28 février 2019, le sang du commandement de l’armée burundaise n’a fait qu’un tour. L’Etat-major des armées s’est rebiffé et a protesté vigoureusement contre cette mesure qu’il a qualifiée d’unilatérale et d’injuste. Cette décision a été officialisée et explicitée dans un dossier nommé « Interoffice Memorandum », daté du 18 Janvier 2019 et dont l’objet est formulé comme suit : « LISTE OF 1000 TROOPS OF BNDF CONTINGENT FOR DRAWDOWN ». Ce document qui porte le numéro AMISOM/11BDI CONT 055/01.22.0 a fuité très rapidement et a été immédiatement partagé sur les réseaux sociaux. Preuve d’un poreuse protection de documents confidentiels militaires burundais !
Aussitôt, le porte-parole de l’armée a d’abord publié un communiqué indiquant que le Burundi contestait cette décision. Ensuite, le Chef de la Force de Défense Nationale du Burundi (FDNB), le Lieutenant-Général Prime Niyongabo, à travers une note envoyée au Ministre de la Défense du Burundi et copiée au Chef de Cabinet Militaire du Président de la République, a demandé que le gouvernement du Burundi intervienne auprès de l’Union Africaine et plaide afin que cette diminution ne porte que sur le nombre initialement convenu, à savoir 341 militaires burundais, qui auraient dû être rapatriés à la fin du mois de février 2019.
« La FDNB, indique cette note adressée au Ministre de la Défense, a le regret de vous informer que les 1000 militaires seront réduits uniquement sur le continent burundais de l’AMISOM. Contrairement à la décision du Comité de coordination des opérations militaires en Somalie (MOCC). C’est dans cet esprit que la FDNB demande à l’autorité compétente de plaider auprès des instances habilitées pour revoir cette décision. »
Le Lieutenant-Général Prime Niyongabo faisait sans doute référence à une note verbale datée du 19 Décembre 2018 et envoyée par la Commission de l’Union Africaine au Bureau d’Appui des Nations Unies pour la Somalie (UNSOS). Dans cette note verbale, la Commission de l’UA rappelle, en effet, qu’au cours de « la 27ème réunion du MOCC pour l’AMISOM organisée le 30 Novembre 2018, il a été convenu de réduire le nombre du personnel militaire à la suite de la décision du Conseil de Sécurité des Nations Unies 2431(2018). De ce fait, il a été décidé que les Forces de Défense Nationale du Burundi (FDNB) seraient réduites de 1.000 soldats au 28 Février 2019. »

L’inquiétude du commandement de l’armée burundaise est compréhensible parce que cette réduction de 1.000 soldats burundais entrainerait automatiquement une diminution conséquente du montant global que le Burundi percevait jusqu’à présent du fait de son implication dans l’AMISOM. Le manque à gagner serait estimé, grosso modo, à 323 USD environ prélevés sur la solde de chaque soldat, soit 323.000 USD, plus 500 USD pour la location de chaque armement individuel utilisé par chaque militaire, soit environ 500.000 USD. Enfin ce manque à gagner comprendrait également un montant difficile à estimer car représentant la location d’armements lourds comme les mitrailleuses, les mortiers et les lance-roquettes qui seraient rapatriés avec les 1.000 militaires du contingent burundais et dont la location, dans le cadre du « Country Own Equipment » est estimé à environ 1.500 USD la pièce. De façon réaliste, ce manque à gagner consécutif au rapatriement de 1.000 soldats est, selon une source au sein de la Commission de l’UA à un montant compris entre 2.000.000 et 2.500.000 dollars américains. Ce n’est pas rien.
Par ailleurs, une source bien informée au sein de l’Etat-major des armées à Bujumbura indique que le commandement a été très surpris voire très irrité par cette réduction annoncée de façon subite alors que le chiffre initialement convenu concernait le rapatriement de 341 militaires seulement. Après la prochaine et importante réduction du contingent du Burundi, il ne devrait rester que 4.922 militaires burundais en service au sein de l’AMISOM.
D’après la même source au sein de l’Union Africaine, la réduction drastique du contingent burundais serait irrévocable même si le gouvernement burundais le demandait avec insistance. Et ce pour plusieurs raisons. En effet, la Commission de l’Union Africaine et le commandement général de l’AMISOM ont des griefs sérieux et fondés contre le contingent burundais. De ce fait, la réduction des 1.000 soldats au lieu de 341 militaires, ressemblerait, selon cette même source au sein de l’UA, à une sanction décidée en raison de nombreuses fautes lourdes de conduite et de discipline reprochées au contingent burundais.


Que s’est-il passé ?


Jusqu’à présent, les militaires burundais étaient globalement appréciés pour leur discipline et leur efficacité au combat. Ils ont joué notamment un rôle crucial dans la libération de Mogadiscio. Cependant, depuis peu, il semble que le contingent burundais ait donné à l’UA des bâtons pour se faire battre. En effet, le commandement de l’AMISOM aurait découvert, comme l’indique une source au sein de l’UA, que le contingent burundais était en surnombre au sein du 1er secteur de Mogadishu placé sous la responsabilité du contingent ougandais.

Les militaires burundais de l’AMISOM

Ces militaires burundais auraient été ramenés, incognito, du terrain, de l’intérieur du pays, sans l’accord préalable du commandement général de l’AMISOM. C’est ainsi que le centre de transit à Mogadishu qui ne devait contenir que 300 militaires burundais en compte en réalité 1.000. Le pot aux roses aurait été découvert même si le commandement du contingent burundais avait essayé de cacher ces militaires en surnombre à Mogadishu. Le contingent burundais, comme tous les autres contingents du reste, est évidemment sous surveillance étroite pour éviter des dérapages graves. Et « tout est connu de tout le monde » indique cette source au sein de l’Union Africaine.
En outre, depuis la tentative de vol des équipements Hesco-Barriers par des militaires burundais, un vol empêché par des militaires ougandais qui gardaient les entrepôts du matériel militaire à l’Etat-major de l’AMISOM, l’image du contingent burundais a considérablement été ternie. Depuis cet incident, en effet, le commandement général de l’AMISOM ferait tout pour pousser le contingent burundais en-dehors du secteur placé sous sa responsabilité car le Commandant en Chef des Forces de l’AMISOM est Ougandais. Et il semble que celui-ci ne porte guère le contingent burundais dans son cœur.

En réalité, le contingent ougandais souhaiterait rester seul responsable des secteurs urbains et pousser le contingent burundais vers « la brousse », vers des positions éloignées de la capitale et forcément plus dangereuses car plus exposées aux attaques de Al Shabab.

Pour une autre raison, le contingent burundais a le sentiment qu’il est décidément le mal aimé au sein de l’AMISOM. Car, même à Kismaayo, une ville somalienne située sur la côte de l’Océan indien et proche de la frontière kenyane, où 250 militaires burundais sont positionnés et sont chargés d’occuper le port international précisément, il semblerait que le contingent kenyan ferait tout, là aussi, pour pousser le contingent burundais en dehors de ce secteur. Le contingent kenyan souhaiterait occuper seul cette zone multinationale où plusieurs contingents étaient pourtant positionnés jusqu’à présent.

Tout se passe comme si les contingents d’Ouganda et du Kenya s’organisaient pour exercer leurs responsabilités respectives et exclusives sur des secteurs urbains où la sécurité est stabilisée et pour pousser le contingent burundais, véritablement orphelin, vers des zones de danger éloignées de la capitale Mogadishu. A croire, décidément, que le contingent burundais n’a personne pour plaider en sa faveur et défendre ses intérêts !

Last but not least, un réseau interne de proxénétisme aurait été découvert au sein du contingent burundais de l’AMISOM. Selon une source au sein de l’Etat- major des armées à Bujumbura, une dizaine de femmes militaires burundaises œuvrant au sein de l’Etat-major du contingent burundais, toutes issues de l’ancienne rébellion du CNDD-FDD, seraient impliquées dans une prostitution lucrative et seraient cornaquées par un maquereau, lui-même issu de cette même rébellion. Un Sous-officier, Chef de la Police Militaire au sein du contingent burundais de l’AMISOM, organiserait et superviserait ce commerce et toucherait des commissions qu’il partagerait avec des complices au sein de l’Etat-major du contingent burundais. Le présumé proxénète aurait été placé sur la liste des 1.000 militaires qui devraient être rapatriés à la fin du mois de février 2019. Cependant, grâce à la complicité supposée du Commandant en second du contingent burundais, le nom de ce présumé proxénète aurait été retiré de la liste définitive des militaires susceptibles d’être rapatriés.

Ce traitement de faveur est vécu comme un véritable scandale car il porte atteinte à l’honneur de tout le contingent burundais. En outre, le retrait du présumé proxénète de la liste des partants aurait provoqué une vive mésentente entre le Commandant du Contingent, son Adjoint et le Chef du Personnel. Ce dernier insiste pour maintenir le maintien du présumé proxénète sur la liste des militaires burundais qui seront rapatriés. Sinon, les militaires coupables de faits d’indiscipline notoires et qui figurent sur la liste des partants pourraient demander de bénéficier aussi de la même clémence de la part du Commandement du contingent burundais de l’AMISOM.

Pour aggraver le cas, des messages audios absolument abjects accablant les femmes militaires burundaises présumées impliquées dans ce proxénétisme, ont été enregistrées par des collègues masculins et ont été distribuées à travers les réseaux sociaux. Une source au sein de l’Etat-major des armées à Bujumbura affirme même que ces audios d’une vulgarité insupportable auraient été transmises jusqu’au Chef d’Etat-major des armées au Burundi lui-même.

Ces accusations de proxénétisme féminin, certes limité en termes de nombre de militaires présumées impliquées, révèlent une autre fracture existant entre les militaires issus de la rébellion du CNDD-FDD à qui des fautes même très lourdes seraient pardonnées et les autres militaires Ex-FAB ou Ex-FNL qui auraient le sentiment d’être traités de façon inéquitable. Un système de deux poids deux mesures au sein du contingent burundais de l’AMISOM donnerait le sentiment à ces derniers de ne pas être considérés et traités de façon équitable.

En effet, tout semble être permis à un groupe limité de militaires issus de l’ancienne rébellion du CNDD-FDD. Ceux-ci peuvent voler du carburant et des vivres ou tenter de voler des équipements Hesco-Barriers, ils ne sont jamais sanctionnés. Même la révélation des faits de proxénétisme interne pourrait ne pas être suivie de sanctions à l’encontre des présumés coupables, femmes et hommes impliqués dans ce commerce sexuel. Cependant, faut-il le souligner, ce favoritisme ne concerne qu’un groupe très limité de soldats issus de la rébellion du CNDD-FDD. La grande majorité des militaires du contingent burundais en Somalie fait honnêtement et courageusement son travail. Du reste, les militaires de ce contingent devraient être mieux payés et continuer à recevoir des formations pointues afin que l’armée burundaise figure, à terme, parmi les armées africaines les mieux préparées pour lutter, notamment, contre le terrorisme qui menace la stabilité de plusieurs pays d’Afrique.

Pour toutes ces raisons qui accusent et accablent le contingent burundais de l’AMISOM, il est peu probable que la note verbale de l’Union Africaine demandant la réduction du contingent burundais, comme de tous les autres contingents africains du reste, soit révisée. L’Union Africaine fait le pari que les contingents fournis par les pays africains pour combattre en Somalie seront réduits au fur et à mesure que les forces armées embryonnaires somaliennes seront formées et déployées sur le terrain afin de remplacer les contingents africains et assurer la défense de leur territoire. Cependant, rien n’est moins sûr que la réussite de ce pari.

Possibles complications ?

En effet, la réduction du contingent burundais décidée par l’Union Africaine et le rapatriement des 1.000 militaires provenant du 46ème Bataillon essentiellement, se heurte, selon une source au sein de l’Etat-major des armées au Burundi, à la difficulté de les remplacer rapidement dans les secteurs où ils étaient en position par d’autres troupes africaines aguerries. Des pourparlers, selon certaines sources auraient déjà été engagées au mois de novembre 2018 entre la Somalie, l’Ethiopie et l’Erythrée afin d’accueillir des militaires de ce dernier pays dans le contingent africain de l’AMISOM.

Une information diffusée par Martin Plaut News et datant du 30 Novembre 2018, indique, en effet « qu’il n’existe pas de preuves incontestables, mais des signes que la Somalie envisagerait de demander à l’Ethiopie et à l’Erythrée d’envoyer des troupes sur son territoire afin de remplacer des forces de l’Union Africaines de l’AMISOM qui doivent partir.

Si cette information était confirmée, poursuit Martin Plaut News, les pourparlers entre la Somalie, l’Ethiopie et l’Erythrée, dans la ville éthiopienne de Bahr Dar le 9 Novembre 2018, pourraient avoir été les plus importants organisés dans la région au cours de ces dernières années. Ces entretiens pourraient être suivis par une reconfiguration des relations politiques dans la Corne de l’Afrique.

Les trois leaders, conclue Martin Plaut News, le Premier Ministre Abiy Ahmed d’Ethiopie, le Président Mohamed Abdullahi Farmajo de Somalie et le Président Isaias Afwerki d’Erythrée n’étaient pas venus dans cette cité pour profiter du site touristique du Lac Tana et du Nil Bleu. A la fin de leurs pourparlers, ils ont signés un accord. »

Si le remplacement des troupes du contingent burundais n’était pas rapidement effectué, Al Shabab pourrait reprendre immédiatement les positions situées le long de la côte de l’Océan indien et actuellement tenues par des militaires du contingent burundais. Les récentes attaques dans un hôtel à Nairobi, dans un marché au sud de Mogadishu et l’assassinat du Directeur du port de Bossaso dans le Puntland, des crimes perpétrés et revendiqués par El Shabab, ont prouvé que cette milice, membre du réseau Al Qaeda, a toujours une capacité de nuisance intacte. Car elle peut même atteindre des cibles éloignées du territoire somalien. En Somalie même, le risque que Al Shabab s’empare des localités situées dans le secteur de Cadale et qui sont défendues par les militaires burundais devant être rapatriés à la fin du mois de février est élevé.

Dans ce secteur, les militaires burundais occupent des position situées loin de la capitale Mogadishu, respectivement à environ 170 km pour Raagacel, à 230 km pour Cadale et enfin à 250 km pour Xaajicali. La Somalie ne serait pas d’accord du tout pour que le contingent burundais quitte ces positions. Le 15 Février 2019, une réunion est prévue au siège de l’Union Africaine à Addis Abeba. Elle a pour objectif de débattre de la question épineuse des militaires burundais qui ont ordre de quitter ces trois positions afin d’être rapatriés à la fin de ce mois.

Enfin, faut-il le souligner, les 1.000 soldats du contingent burundais désignés pour rentrer à la fin de février 2019 sont évidemment très mécontents de rentrer au pays parce que leur rapatriement constitue une perte considérable de revenus pour eux et leurs familles.

Le Burundi perd également une source précieuse de devises du fait du rapatriement de ces militaires et de leurs équipements. D’aucuns estiment qu’à terme, privé des ressources de l’AMISOM, le Burundi aurait énormément de difficultés pour s’approvisionner en devises. Le rapatriement de tout le contingent burundais de l’AMISOM pourrait avoir un impact considérable sur la trésorerie du pays en devises.

Tout le monde n’est pas perdant…

Cependant, même s’il est clair que l’armée et le pays perdront des millions de dollars à la suite du rapatriement des 1.000 soldats du contingent burundais, Pierre Nkurunziza restera le grand gagnant dans la curée organisée pour récupérer le magot de l’AMISOM. En effet, il continuera à engranger sa part incompressible de l’argent provenant du magot de l’AMISOM car, profitant du système de location à l’Union Africaine du matériel militaire lourd, il continuera de louer à l’Union Africaine deux vieux chars qui ne fonctionnent quasiment plus. Ces deux chars constituent un cadeau personnel du président du Soudan, M. Béchir, à Pierre Nkurunziza. Ils seraient loués 6.000 dollars par mois chacun et un montant de 12.000 dollars serait versé directement sur le compte bancaire personnel de Pierre Nkurunziza, affirme une source bien informée au sein de l’Etat-major des armées à Bujumbura.

Un des chars de marque T-55 don du président Béchir du Soudan à Pierre Nkurunziza

D’évidence, avec Pierre Nkurunziza, c’est le grand amour entre un chef d’Etat africain déjà inculpé pour des crimes de génocide perpétrés au Darfour, qui a réussi à échapper aux poursuites de la Cour Pénale Internationale jusqu’à présent et est fortement contesté dans son propre pays. Outre ces deux chars que Pierre Nkurunziza exploite comme des vaches à lait personnelles à l’instar de celles qu’il reçoit par dizaines au cour de multiples cérémonies mystico-religieuses, la suite de l’investigation permettra de mieux comprendre le fameux système de location du matériel militaire par le Burundi à l’Union Africaine et qui permet à ce pays de gagner des sommes considérables gérées dans la plus grande opacité par le régime de Bujumbura et en dehors de tout contrôle parlementaire.

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Burundi : le doux poison de l’AMISOM (Première partie)

Que se passe exactement dans le contingent burundais de l’AMISOM ? Il compte 5 400 militaires répartis en 6 bataillons. Il est sous le commandement du Général de Brigade, Léonidas Niyungeko, de la 22ème promotion de l’ISCAM. Celui-ci est secondé par le Colonel Rémy Cishahayo qui, selon des sources fiables au sein de l’Etat-major général des Forces de Défense Nationales (FDN), serait un ancien membre du Palipehutu, aile Karatasi. Il aurait ensuite rallié le CNDD-FDD. En raison de ses connexions privilégiées au sein du parti au pouvoir, ce transfuge se comporterait, de fait, comme le véritable patron du contingent burundais actuellement en mission de maintien de la paix en Somalie.

Par Athanase Karayenga

Les mêmes sources indiquent que le moral de ce contingent de l’AMISOM est au plus bas. A la grande surprise des militaires burundais, les vols pour rentrer au Burundi et prendre des congés ont été annulés sans explication. Le commandement aurait annoncé brutalement que le contrat entre le gouvernement des Etats-Unis et la PAE, une compagnie aérienne sud-africaine qui transportait les militaires burundais jusqu’ici, avait expiré. Des négociations seraient en cours pour trouver une solution alternative. Le commandement essaye de calmer les militaires du contingent burundais de l’AMISOM inquiets parce qu’ils ont été mis devant le fait accompli. Il tente de les rassurer en leur expliquant qu’une solution au problème est à l’étude afin qu’ils puissent, de nouveau, rentrer au pays et prendre leurs congés.
Cependant, aucune autre puissance ne semble être prête pour prendre en charge les vols qui permettaient aux militaires burundais de prendre leurs congés. Cette suspension des vols aura du reste des répercutions très graves parce que les rotations des vols permettaient de ramener du Burundi des équipements, des médicaments, des munitions et aussi des pièces de rechange pour les véhicules.
Si une solution pour reprendre ces vols n’est pas trouvée rapidement, cela signifiera-t-il que l’AMISOM touche à sa fin ? Les militaires burundais redoutent cette hypothèse et craignent d’être rapatriés prochainement. Car l’armée burundaise est incapable de ravitailler le contingent de l’AMISOM sans l’appui des bailleurs.
Cette crainte est aggravée par d’autres faits troublants. Le contingent burundais a déjà cédé un emplacement qui abritait l’état-major du contingent en 2016. Et bientôt il devra avoir évacué, au plus tard le 20 décembre 2018, un site de transit qui se trouve à Mogadiscio. Or, un centre de transit est indispensable pour accueillir les militaires du contingent lors des relèves et des départs en congé. Ce déménagement inquiète les militaires du contingent burundais de l’AMISOM car il serait très difficile pour eux de se rendre à l’aéroport international de Mogadishu sans disposer d’un endroit de transit. Leurs positions actuelles sont toutes loin de Mogadiscio et les Shabbaab contrôlent de larges portions du territoire. Dans un passé récent, le contingent burundais a déjà cédé l’Université nationale de Mogadishu situé à 5 km seulement de l’aéroport. Dans quelques jours, il vont céder l’académie militaire située à 8 km de l’aéroport. A titre de comparaison, les militaires ougandais qui ont quitté d’ex Stadium situé à 4 km de l’Académie militaire sont positionnés, eux, aux alentours de la capitale somalienne.
Ainsi donc, les congés octroyés tous les trois mois, pendant une période de 12 mois que les militaires sont en mission en Somalie, seraient suspendus. D’habitude, les militaires rentrent en congé par groupes de 64 personnes grâce à 3 vols mensuels aller-retour Mogadishu – Bujumbura, soit 192 militaires. Les militaires du contingent burundais de l’AMISOM profitaient de leurs congés pour prendre du repos, revoir leurs familles et régler des affaires personnelles qui découlent de leurs obligations sociales et économiques.
Cependant, même si les congés trimestriels semblent provisoirement suspendus, le plan de rapatriement annuel du contingent en mission en Somalie serait maintenu. Selon les mêmes sources au sein de l’Etat-Major Général des FDN à Bujumbura, ce plan ne devrait pas subir de changements majeurs. Le 46ème bataillon rentrera à la mi-mars 2019, le 47ème et le 48ème début mai 2019, le 49ème en juin et enfin les 50ème et 51ème bataillons en novembre 2019. Les vols permettant les rotations et les relèves annuelles des bataillons burundais ne sont pas suspendus car assurés par les avions des Nations Unies.

Quels enjeux se cachent derrière la suspension des congés du contingent de l’AMISOM ?

En arrière-plan de ce problème de logistique et derrière le rideau de la scène, se cacheraient, en réalité, des enjeux considérables qui masquent les intérêts géostratégiques, économiques et surtout politiques des Etats impliqués dans la guerre en Somalie. Cette interminable conflit, comme toutes les guerres africaines du reste, agit comme une pompe aspirante. Il crée de multiples opportunités d’affaires et constitue un énorme « business » ou un gâteau colossal que se partagent gouvernements, organisations régionales et internationales, organisations non gouvernementales, entreprises et mafias de vente d’armes. Plusieurs acteurs, parfois complices, parfois rivaux, sont impliqués dans le dossier horriblement complexe de l’AMISOM.

Un véritable « doux poison » dont se gavent les intervenants et les bénéficiaires de ce conflit d’ampleur internationale. Car les armées africaines en Somalie se battent par délégation ou par procuration pour défendre des intérêts de puissances internationales et elles savent qu’elles ne la gagneront jamais.
Les guerres africaines sont souvent provoquées et entretenues au détriment des peuples africains, qui, évidemment, en ignorent les entrelacs inextricables de rivalités, de complicités et de trahisons.
En l’occurrence, depuis le 21 novembre 2018, la suspension des vols trimestriels pour permettre aux militaires du contingent burundais de l’AMISOM de prendre des congés dans leur pays, proviendrait, selon des sources au sein de l’Union Africaine, de la décision du gouvernement des Etats-Unis de punir Pierre Nkurunziza qui a pris le risque d’embraser la région en envoyant récemment des troupes de l’armée burundaise sur le sol de la RD Congo et plus précisément dans le Sud Kivu, la région frontalière avec le Burundi. Les militaires burundais avaient pour mission de combattre, sur le sol congolais, les troupes de REDTabara, une rébellion burundaise qui y serait installée. Les Etats-Unis n’auraient pas du tout apprécié cette violation flagrante des conventions internationales en matière de respect de l’intégrité du territoire des Etats. A vérifier !

Mais c’est quoi l’AMISOM au juste ?

« La Mission de l’Union Africaine en Somalie » ou « African Union Mission in Somalia » (AMISOM) constitue une mission régionale de maintien de la paix en Somalie menée par l’Union Africaine avec l’aval des Nations Unies et financée principalement par l’Union Européenne et les Etats-Unis.

Hesco-Barriers


L’AMISOM comptait 5.250 soldats en 2010 dont 2.550 fournis par le Burundi et 2.700 par l’Ouganda. Au 25 février 2011, ses effectifs sont passés à 8.375 soldats, à 9.700 en novembre 2011, à 12.000 en 2012 dont 850 militaires de Djibouti arrivés fin 2011. Un contingent de Sierra Leone sera déployé à l’été 2012. Ainsi, les besoins en contingents n’ont cessé de grimper jusqu’à 20.000 soldats en 2012. Début juin 2012, le contingent kényan de 4.631 soldats a été intégré l’AMISOM. Début 2016, l’AMISOM comptait 22 000 soldats dont 6.000 d’Ouganda, 5.400 du Burundi, 4.400 d’Éthiopie et 3.600 du Kenya. Les pertes humaines entre 2007 et 2011 étaient estimées à environ 250 soldats tués.
Selon un expert africain en stratégie militaire, ces forces africaines qui se battent contre Al-Shabbaab (la Jeunesse), une organisation somalienne qui se réclame de la mouvance islamique, mènent une guerre asymétrique. Ces armées bien équipées et bien entrainées utilisent des méthodes de combat plutôt classiques pour aller au contact avec l’ennemi. Or l’ennemi est un mouvement qui maîtrise le terrain, qui pratique une guerre de harcèlement, qui se fond dans la population, véritable poisson dans l’eau, et qui utilise, en définitive des méthodes de guérilla. En outre, les armées africaines, ont le sentiment de se battre pour protéger des intérêts géostratégiques des Etats-Unis et de l’Europe. Ces intérêts comprennent notamment la maîtrise des circuits maritimes qu’empruntent les pétroliers et les bateaux de transport de marchandises qui empruntent les routes de l’Océan Indien.

Une solde amputée

La situation n’est pas toujours tranquille pour les soldats burundais engagés dans l’AMISOM. Cependant, ces derniers mois ont été marqués par une certaine accalmie. A part quelques attaques sporadiques sur les routes lors des ravitaillements en eau potable, le contingent burundais n’a pas engagé récemment de combats durs avec les Shabbaab.
Les témoignages de plusieurs soldats rentrés de Somalie convergent et une remarque revient constamment dans leurs propos. « Nous, Burundais, nous combattons avec des moyens modestes, c’est vrai. Mais nous nous donnons à fond. Nous combattons avec détermination. S’engager dans le contingent de l’AMISOM vaut bien mieux que rester au Burundi où, même un officier, ne peut acheter avec sa solde une parcelle pour bâtir une maison. Vaut mieux faire partie du contingent de l’AMISOM et faire face aux risques. Si tu échappes à la mort ou aux blessures, tu espères un sort meilleur une fois rentré au pays. A cause de la situation de pauvreté qui sévit au Burundi et en raison de la modicité des salaires, nous nous engageons dans l’AMISOM comme pour fuir. Pour cette raison, un soldat burundais qui a la chance de faire partie des contingents de l’AMISOM se donne corps et âme afin de pouvoir améliorer son sort. « De plus, poursuivent ces militaires, les Shabbaab ont peur de nous, les autorités somaliennes apprécient beaucoup les militaires burundais car ils sont globalement très disciplinés et les puissances qui financent l’AMISOM ne souhaitent pas que les troupes burundaises soient rapatriées. »
Pourtant, un plan de rapatriement définitif pour 2021 serait à l’étude. La diminution des effectifs sera progressive et le processus commencera en 2019 au mois de février précisément. Il était initialement prévu de rapatrier 340 militaires burundais l’année prochaine mais il a été demandé au commandement du contingent burundais de préparer 1000 hommes.
« Certaines armées sont beaucoup mieux équipées que le contingent burundais mais elles ne savent pas se battre », témoigne un militaire qui a participé à des contingents burundais antérieurs. « Les pays africains partenaires dans l’AMISOM comptent beaucoup sur les militaires Burundais. Si les Burundais qui se donnent sans compter étaient rapatriés, il est probable que ces armées partenaires ne puissent supporter seules le choc avec les Shabbaab et qu’à court terme elles se retirent aussi de l’AMISOM », poursuit le militaire. Pour le contingent burundais, c’est une des missions les plus dangereuses. Cependant, ajoute-t-il, les soldes ne sont pas à la hauteur de l’engagement et de l’efficacité de nos troupes. C’est vrai, les soldes de l’AMISOM ne sont pas mirobolantes. Mais elles sont, malgré tout, plus élevées que celles que nous percevons au Burundi. »
C’est une complainte récurrente exprimée par les militaires rentrés de l’expédition en Somalie. Il semble, en effet, que le gouvernement retient presque la moitié de leur solde. « Actuellement, indique un militaire en mission en Somalie pour appuyer son frère d’armes rentré au pays, sur le montant global de 1028 dollars US, la solde réelle payée à chaque militaire est de 660 USD par mois. En plus, l’Union Africaine percevrait 200 USD par soldat. Et pour couronner le tout, le montant final de notre solde est changé par la Banque de la République du Burundi à un taux très inférieur à celui pratiqué par les bureaux de change libres. Le manque à gagner est considérable. Facteur aggravant, les soldes sont toujours payées avec retard, poursuit le militaire en mission dans l’AMISOM. A titre d’exemple, celles déjà versées pour cette année couvrent la période de janvier à fin septembre 2018. »
A cause de la situation de grande précarité, ajoute un autre ancien militaire rentré au pays, le gouvernement nous exploite réellement et siphonne nos soldes. Si au moins on voyait à quoi servent les sommes colossales prélevées sur nos soldes. Le gouvernement n’améliore pas les conditions générales de l’armée. Il n’achète pas d’équipements pour moderniser l’armée. Il ne construit aucun bâtiment militaire. Au contraire, nous soupçonnons que les montants prélevés sur nos soldes servent à entretenir la milice des Imbonerakure et le Service National de Renseignement chargés de traquer et d’éliminer les opposants au régime résidant au Burundi et dans les camps de réfugiés des pays voisins en particulier. »
« Je ne serais pas surpris d’apprendre que ces montants ponctionnés sur les soldes des militaires du contingent burundais de l’AMISOM servent aussi à alimenter un fonds destiné à rémunérer les troupes des Interahamwe rwandais stationnées au Burundi, » ajoute-t-il. La vérification de ces allégations est évidemment très difficile à faire en raison du secret et de l’opacité qui entoure la gestion des fonds gagnés par le Burundi dans le cadre des missions de l’AMISOM. « C’est d’ailleurs l’argent collecté sur les soldes des militaires mais aussi et surtout sur les équipements loués à l’Union Africaine que le pouvoir de Pierre Nkurunziza a construit sa puissance malfaisante et sa suffisance, » conclue le militaire désabusé.
Est-ce que les militaires tutsi provenant de l’ancienne armée sont enrôlés dans les contingents de l’AMISOM au même titre que les militaires hutu ? Est-ce que les militaires tutsi sont traités de la même manière que leurs collègues hutu au sein du contingent burundais en Somalie ? La question mérite d’être posée car la persécution que subissent les militaires de l’ancienne armée, les Ex-FAB composés principalement de Tutsi, constitue un secret de polichinelle. Un militaire tutsi ayant appartenu à des contingents antérieurs de l’AMISOM répond spontanément à la question. « Oui. Le problème principal n’est pas celuilà. Même si, s’empresse-t-il d’ajouter, les militaires DD partent plus souvent en mission, surtout les officiers. Les DD sont envoyés en mission dans l’AMISOM pour la 3ième, voire la 5ième fois alors que les FAB sont envoyés pour la 2ième fois et rarement pour la 3ième fois. »
« Mais, poursuit-il, les militaires envoyés en mission extérieure sont traités globalement de la même manière. Même si au préalable, certains subissent le chantage des « creveurs d’yeux. » Un néologisme atroce inventé pour les besoins de la cause et qui désigne des commissionnaires véreux qui pratiquent l’usure et exigent des commissions élevées aux militaires candidats au départ lorsque ceux-ci veulent être sûrs que leurs noms figurent effectivement sur la liste des partants. « On ne peut pas exclure le favoritisme, indique un ancien militaire du contingent AMISOM, car l’armée burundaise est notoirement divisée en groupes. Comme les partis politiques, elle est nyakurisée, fragmentée en quatre clans ou sensibilités : les FAB, les DD fidèles à Pierre Nkurunziza, les FNL fidèles à Rwasa et enfin un groupe formé par d’anciens rebelles délaissés par les DD et qui seraient peut-être restés fidèles à Hussein Radjabu. Au sein de ces groupes, les FAB ont quand même le sentiment qu’ils n’ont plus de valeur au sein de l’armée burundaise. »
Sur le terrain en Somalie, les soldats provenant du Burundi, de Djibouti, du Kenya, d’Ethiopie et d’Ouganda touchent la même solde. Cependant, certains pays tolèrent et acceptent que leurs militaires importent des pays arabes du Golfe des biens d’équipement et qu’ils les emportent en rentrant dans leurs pays d’origine. De ce fait, les militaires provenant de ces pays ont l’autorisation de s’équiper et de s’enrichir. « On a honte devant les militaires des autres pays car nous ne rentrons de Somalie avec aucune marchandise et nous ne retirons aucun avantage de notre séjour, » indique, amer, un militaire du contingent burundais de l’AMISOM.
« Si un militaire du contingent burundais, ajoute-t-il, s’autorise à acheter une quelconque marchandise et à l’importer en clandestinité, elle lui est confisquée à l’arrivée par la Police militaire.

L’armée interdit absolument que les militaires du contingent burundais fassent du commerce avec les marchandises ramenées de Somalie après leur mission. La règle s’applique à tout les militaires du contingent depuis 2017. Avant cette année, les militaires ont pu le faire en clandestinité.

Le commandement, conclue-t-il, nous a indiqué que nous n’étions pas partis pour faire du commerce. Cette mesure, même si elle contrarie les militaires du contingent burundais est néanmoins juste car cette situation créait du désordre, » conclue le militaire.

Arrondir les fins du mois

De l’avis de plusieurs militaires revenus de Somalie, le contingent burundais est globalement irréprochable du point de vue de la discipline comme cela a été souligné plus haut. Cependant, comme dans tout groupe humain, il existe toujours des « brebis galeuses » qui entachent la réputation des militaires burundais. En effet, pour arrondir leurs fins du mois, certains militaires du contingent burundais de l’AMISOM auraient subtilisé des pneus, du carburant ou même vendu des vivres destinés aux militaires. Les présumés coupables de ces vols ne seraient jamais sanctionnés et jouiraient d’une totale impunité.
Tout récemment, un major DD, parent d’un général de l’armée burundaise, a essayé de voler un containeur rempli de Hesco-Barriers, des bacs profonds qui, lorsqu’ils sont remplis de sable, créent une barrière de sécurité infranchissables à l’entrée des positions militaires. Ces militaires burundais indélicats souhaitaient, semble-t-il, vendre ce matériel à des Somaliens. Le containeur se trouvait dans l’enceinte du Quartier général de l’AMISOM gardé par des militaires du contingent ougandais qui ont empêché que ce vol se produise.

Sur le plan financier, comme la deuxième partie de cette chronique le montrera, l’AMISOM constitue, pour le régime de Pierre Nkurunziza une aubaine inouïe pour gagner des millions de dollars par mois. Les ressources colossales dont Pierre Nkurunziza dispose à sa guise et en toute opacité proviennent, pour une part infime, de la solde amputée des militaires. La part la plus substantielle des ressources dont dispose le régime de Pierre Nkurunziza provient d’un système de financement appelé « Country Own Equipment » (COE). Le Burundi, comme tous les pays qui ont mis leurs troupes à la disposition de l’AMISOM, loue ses propres équipements militaires à l’Union Africaine et reçoit en retour des frais de location pour le matériel utilisé par ses militaires.
La liste non exhaustive de ces COE comprend les armes personnelles des militaires, des blindés, des chars, des armes lourdes, des camions de transport, des camionnettes. Et pour donner la mesure des ressources colossales dont disposerait le régime de Pierre Nkurunziza, le Burundi aurait pu payer en un mois seulement les 4.400.000 dollars qu’il doit à l’EAC, l’organisation d’intégration régionale de l’Afrique de l’Est. En outre, Pierre Nkurunziza, avec les ressources tirées de l’AMISOM, pourrait financer les élections de 2020 et se dispenser de harceler la population, contrainte par la terreur exercée par la milice imbonerakure, de cotiser, deux ans à l’avance, pour des élections qu’il gagnera évidemment. Pire, des élèves sont exclus de l’école parce qu’ils ne peuvent pas payer ces cotisations farfelues.
Il faut que les citoyens burundais le sachent. Pierre Nkurunziza dispose de deux chars donnés en cadeau par un chef d’Etat africain et qu’il exploite comme des vaches à lait pour son propre profit. Ces deux chars loués à l’Union Africaine lui rapporteraient 12.000 dollars par mois et cette somme serait versée directement sur son compte personnel. Le Parlement burundais sera-t-il jamais assez courageux pour lui demander des comptes afin qu’il montre à quelles fins il gère ces fortunes qu’il tire de la location à l’Union Africaine des militaires et des équipements ?
Les partis politiques de l’opposition burundaise réclament souvent, en vain, que l’Union Européenne cesse de financer le régime de Pierre Nkurunziza à travers l’AMISOM.

Le 5 juillet 2018, le Parlement Européen a lui aussi adopté, une Résolution (2018/2785(RSP) demandant l’arrêt du financement de l’AMISOM par l’Union Européenne.

Pourtant, l’investigation sur « le doux poison de l’AMISOM » aboutit à une solution à l’opposé de la demande de l’opposition burundaise et de la résolution du Parlement européen. Les puissances internationales, les Etats-Unis et l’Union Européenne, en particulier, peuvent privilégier un contrat gagnant-gagnant avec le Burundi. Le contingent burundais resterait engagé jusqu’à la fin de la mission de l’AMISOM, les soldes seraient versées en intégralité voire augmentées et les militaire burundais continueraient de recevoir des formations qui les qualifieraient pour figurer parmi les armées les plus performantes du continent africain. En contrepartie, les grandes puissances ainsi que l’Union Africaine s’engageraient à priver immédiatement le régime de Pierre Nkurunziza des ressources gigantesques dont il dispose à sa guise et sans contrôle.
Il n’est plus tolérable que des impôts de citoyens et d’entreprises des Etats-Unis et de l’Union Européenne contribuent à entretenir le régime de Pierre Nkurunziza présumé coupable de crimes contre l’humanité dont des tortures, des disparitions forcées et de crimes économiques, dont l’accaparement de biens et d’entreprises laissés vacants par des citoyens burundais poussés à l’exil.
Si les Etats-Unis, l’Union Européenne et l’Union Africaine ne souhaitent plus être accusés de complaisance, voire de complicité coupable, il est temps qu’ils prennent une décision radicale et privent le régime de Pierre Nkurunziza de la bouteille d’oxygène qui l’aide à survivre et à réprimer férocement le peuple burundais grâce aux fonds de l’AMISOM.

OPINION

Pierre Nkurunziza le magicien !

Pierre Nkurunziza est un formidable magicien. Un illusionniste de première classe. Il combine ces talents avec une roublardise exceptionnelle. Il mélange les cartes. Il brouille les pistes. Il n’est jamais là où il est attendu. Il prend des décisions contradictoires,voire paradoxales, sans le moindre état d’âme. Bravo l’artiste ! Explications et quelques exemples emblématiques.

Pierre Nkurunziza s’est entouré de quelques hauts responsables Tutsi, au gouvernement,dans le parti CNDD-FDD, dans les institutions et dans l’administration publique. En même temps, pour faire plaisir à la frange la plus radicale du « Bahutustan » triomphant, un concept puisé dans l’idéologie de l’apartheid et qu’il utilise pour transformer le Burundi en « Homeland Hutu » dominé et géré parles Hutu, Pierre Nkurunziza n’hésite pas à traiter les Tutsi burundais deMujeri. Chiens faméliques et errants ! Or, sa mère est Tutsi. Et lui-même est, à ce titre, un demi-mujeri. Quel respect mérite un homme qui insulte sa propre mère ?

Pierre Nkurunziza a fait arrêter récemment des Officiers Supérieurs à la retraite afin de donner aux mêmes adeptes de l’exclusion et de la discrimination contre les Tutsi, un gage qu’il est « le meilleur défenseur » de la cause des Hutu. Puisqu’il a « le courage » de relancer le procès des présumés assassins du Président Melchior Ndadaye.

Même s’il se réveille 13 ans après avoir accédé au pouvoir, cette opération serait tout à son honneur et serait bénéfique pour le Burundi si la justice burundaise donnait effectivement suite à un appel introduit depuis plusieurs années par l’avocat de la famille de feu Melchior Ndadaye auprès de la Cour Suprême du Burundi. Appel demeuré sans suite jusqu’à ce jour.

Dans la foulée, et pour rester équitable, Pierre Nkurunziza devrait relancer les Nations Unies afin qu’un Tribunal Pénal Spécial pour le Burundi comparable à celui du Cambodge, déjà prévu dans l’Accord de Paix et de Réconciliation d’Arusha, soit installé à Bujumbura dans les meilleurs délais.

 Avec  l’aide de l’organisation mondiale, ce Tribunal pourra juger les crimes de génocide,les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre commis contre des victimes tutsi et hutu à la suite du coup d’État lamentable et inacceptable du 21octobre 1993 au cours duquel Melchior Ndadaye ainsi que plusieurs hauts responsables au sein des institutions de la République ont été assassinés.  En effet, le rapport des Nations Unies S/1996/682du 22 août 1996, établit clairement que « des actes de génocide » on tété commis au cours de la guerre civile déclenchée en 1993 à la suite de ces assassinats.

En attendant cette démarche, peu probable, de Pierre Nkurunziza, les arrestations d’Officiers Supérieurs présumés impliqués dans le coup d’État de 1993 fait couler des torrents de haine contre les Tutsi sur les réseaux sociaux.  

Un exemple parmi mille. Un officier de l’armée burundaise, appartenant au bataillon burundais actuellement en mission en Somalie, le Capitaine Jean Manirambona, a relayé et distribué un brûlot dont l’auteur anonyme, évidemment,vante le formidable exploit réalisé par Pierre Nkurunziza, « le vengeur des Hutu. »

La même littérature nauséabonde anti Tutsi a été diffusée récemment par les réseaux sociaux dans une lettre écrite par un ancien combattant s’exprimant au nom de tous les blessés et mutilés de guerre ayant combattu dans les rangs de la rébellion du CNDD-FDD. Ce combattant, dépité et amer, se plaint des chefs du CNDD-FDD qui auraient  oublié leurs promesses. A l’issue de la guerre, ceux-ci auraient promis aux mutilés de guerre un soutien financier ainsi que des soins médicaux. En attendant ce soutien jamais reçu, ces anciens combattants vivent dans une misère exécrable et ne reçoivent pas de soins que leur état de santé exige.

Pourtant,ces anciens combattants DD, dont les réclamations sont légitimes, fondées et respectables, rejettent leur colère et leur rancœur sur le Médiateur de la République, M. Edouard Nduwimana. Un Tutsi, dont le train de vie grandiose est montré par les photos de la fête où il commémorait les 25 ans de son mariage.« Avons-nous combattu pour que des Tutsi prospèrent alors que nous croupissons dans une misère indicible, se demande l’auteur ? 

Qu’est-ce qu’ils ont dans la tête ces adeptes de l’idéologie du Bahutustan triomphant? Les Tutsi burundais seraient-ils vraiment les causes de tous leurs malheurs ? Pourquoi Pierre Nkurunziza ne désavoue pas publiquement des propos d’un racisme abject qui désigne les Tutsi comme les boucs émissaires des anciens combattants DD, ses admirateurs inconditionnels ? Plus aucune limite morale vraiment chez ces Hutu extrémistes ?

Pierre Nkurunziza a ouvert la boîte de Pandore.

Cependant,il faudrait qu’il garde à l’esprit, qu’en 1993, selon le témoignage d’un habitant de Ngozi très bien informé, sa mère, parce que Tutsi, aurait été persécutée par des militants du FRODEBU. Elle aurait échappé de justesse à des bandes excitées qui auraient pu porter atteinte à sa sécurité physique. Ces militants déçus de n’avoir pas pu accomplir leur forfait criminel auraient saccagé et détruit jusqu’aux fondations, la maison des parents de Pierre Nkurunziza. Le stade olympique de Buye est construit à proximité de l’ancien domicile parental. Une façon de prendre sa revanche peut-être.

Ni les milices affiliées au FRODEBU de l’époque ni les militaires de l’armée nationale, tous présumés coupables de crime de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre commis en 1993 n’ont jamais été poursuivis pour les exactions qu’ils ont commises en invoquant, les uns, le concept fumeux de « la petite colère »,« agashavu » et les autres la légitime défense des Tutsi.

Pierre Nkurunziza, en exacerbant les sentiments d’hostilité interethnique souhaite provoquer le réflexe pavlovien de solidarités négatives. Dans son esprit, tous les Hutu doivent automatiquement se sentir solidaires des présumés criminels hutu et tous les Tutsi des présumés criminels tutsi. Communauté contre communauté, crispation extrême de la société burundaise, affrontements aveugles. Le scénario de Pierre Nkurunziza est cousu de fil blanc.

Mais il oublie les évolutions majeures intervenues dans la société burundaise grâce à la pédagogie douloureuse des guerre civiles qui minent ce pays depuis des décennies.  Dans tous les affrontements,des Hutu ont protégé des Tutsi et des Tutsi ont protégé des Hutu. Dans toutes ces guerres absurdes, des Hutu ont tué des Hutu et des Tutsi ont tué des Tutsi.Mais aussi des Hutu ont tué massivement des Tutsi et vice-versa. Mieux encore,Pierre Nkurunziza qui se proclame maintenant défenseur de la cause hutu a massacré plus de Hutu qu’aucun autre roi ou président dans l’histoire du Burundi.

Résultat des courses

Les Burundais savent désormais qu’un criminel hutu n’est pas Hutu, qu’un criminel Tutsi n’est pas tutsi. Les criminels n’ont pas d’ethnie. Ils répondront chacun,individuellement, de leur responsabilité criminelle devant la justice. La justice n’est pas collective. Elle est individuelle. En fait, Pierre Nkurunziza prend les Hutu en otages pour se protéger et éviter, lui-même, de faire face tôt ou tard à la justice. Toutes ses manœuvres sont cohérentes. Elle visent aussi à le relégitimer comme candidat à la présidence de la République en 2020.Il a imprudemment promis qu’il ne se présenterait plus. Un pur mensonge, un de plus, de sa part. Le chaos qu’il veut créer le positionnerait, croit-il, comme le sauveur ultime et incontournable des Hutu. Réussira-t-il ce tour de magie noire ? Time will tell. 

Pierre Nkurunziza semble être en très bons termes, maintenant, avec la Direction du parti de Melchior Ndadaye. Tant mieux et grand bien leur fasse. Cependant, il faudrait qu’il se souvienne qu’en octobre 2004, dans une maison de passage à Kirundo où il résidait temporairement, la bien nommée Eden, il répondait aux questions du journal Kirimba et a déclaré sèchement en fin d’entretien :«  Ndadaye…connais pas ! ».  

Après avoir donné l’impression qu’il donne satisfaction à une revendication du FRODEBU,à savoir la réouverture du procès Ndadaye, Pierre Nkurunziza, fidèle à sa méthode, pourrait retourner les cartes, et détruire l’alliance avec le FRODEBU qu’il n’a jamais porté dans son cœur par ailleurs.

D’une pierre il pourra faire plusieurs coups. Braquer les projecteurs de l’actualité sur les militants du FRODEBU, présumés coupables de crimes dénoncés par lerapport des Nations Unies. Provoquer une scission au sein du FRODEBU car beaucoup de militants de ce parti n’accepteront jamais que le parti de Melchior Ndadaye devienne un satellite du CNDD-FDD, un outil pour Pierre Nkurunziza dans sa course effrénée pour arracher un quatrième mandat en 2020. Enfin, après avoir humilié le FRODEBU, provoquer l’implosion de ce parti qu’il « embrasse pour mieux l’étouffer. » La Direction actuelle du FRODEBU ne devrait pas dormir sur ses deux oreilles car le magicien jongleur, lui, veille au grain et à ses intérêts.  

Pendant le même entretien avec le journal Kirimba indiqué plus haut, Pierre Nkurunziza a montré une cicatrice impressionnante sur le mollet de la jambe droite. Au cours de la bataille historique des « migina »,« les termitières » que le CNDD-FDD a livré dans la région du Mosso contre l’armée nationale, il a été blessé et a failli perdre la vie.  Sa ferveur religieuse actuelle, factice ou réelle, mais que d’aucuns assimilent à un mysticisme et un obscurantisme d’un autre âge, prendrait ses racines dans cette guérison miraculeuse a-t-il déclaré.

S’il est vraiment croyant, alors pourquoi Pierre Nkurunziza, Pasteur auto-proclamé,qui n’a de cesse d’organiser des séances spectaculaires de louange à Dieu, le quell’aurait désigné pour régner sur le Burundi ad vitam aeternam, pourquoi n’a-t-il jamais condamné les propos obscènes et les menaces de viols de femmes tutsi que la milice imbonerakure chante et répète en longueur de journées ? Est-ce que cette milice du CNDD-FDD aux mœurs dépravés et à la solde de Pierre Nkurunziza sait que le viol dans le droit pénal international, depuis la jurisprudence du Tribunal Pénal pour le Rwanda, est considéré comme un crime « constitutif de génocide ? »

Après la destitution de Pierre-Claver Ndayikengurukiye, président du CNND-FDD avant lui, Pierre Nkurunziza a également indiqué, au cours de l’entretien avec le journal Kirimba, qu’il avait accepté d’être désigné président du CNDD-FDD à une condition : que ses camarades de combat acceptent que la guerre que menait leur rébellion n’était pas dirigée contre les Tutsi et que ceux-ci ne devaient pas être considérés comme les ennemis de leur mouvement.

Précision honnête de Pierre Nkurunziza : « la rébellion du CNDD-FDD avait pour objectif de combattre un régime dictatorial militaire animé et porté par des officiers tutsi. » Les Tutsi burundais qu’il traite de Mujeri, à présent, apprécieront le retournement spectaculaire du grand magicien.

« Agit-prop »

Dans la foulée de l’arrestation d’Officiers Supérieurs tutsi, présumés innocents,puisque pas encore jugés, Pierre Nkurunziza aura-t-il l’élégance de les traiter convenablement pendant leur incarcération préventive et de permettre que des avocats leur assurent une défense correcte à laquelle ils ont droit ?

Par ailleurs, compte-t-il se rendre lui-même à la justice burundaise afin que celle-ci commue en détention à perpétuité la condamnation à la peine capitale prononcée contre lui pour des crimes contre l’humanité commis pendant la période où il combattait au sein de la rébellion du CNDD-FDD ?  En effet, Pierre Nkurunziza a été accusé et inculpé par la justice pour avoir lancé des grenades dans la ville de Bujumbura qui ont fait de nombreuses victimes civiles.  Un crime contre l’humanité typique et avéré.

Les adeptes de son idéologie délétère du « Bahutustan triomphant » savent-ils que leur chef a été condamné à mort à l’époque de la présidence de Pierre Buyoya, qu’il a fait purger les archives du Palais de Justice à Bujumbura et a fait détruire le dossier de sa condamnation ? Les fanatiques de cette idéologie dangereuse savent-ils que leur chef n’a pas eu le courage d’interjeter appel et de plaider son innocence ? Pierre Nkurunziza a ouvert la boîte de Pandore. Aura-t-il encore la clairvoyance d’en refermer le couvercle avant que le feu de l’enfer ne dévore le pays ?

Autre exemple de sa roublardise. Pierre Nkurunziza s’inspire constamment d’une méthode de gouvernement empruntée aux régimes communistes d’antan appelée « agit-prop » pour « agitation et propagande ». Illustration.

Il a donc annoncé, devant Dieu, le peuple burundais et la communauté internationale qu’il ne briguera pas un quatrième mandat en 2020. Mais alors,pour quel candidat du CNDD-FDD, les imbonerakure, certains gouverneurs zélés comme celui de Rutana, M. Fidèle Minani, certains administrateurs communaux et directeurs d’école rançonnent-ils la population, tous les jours que Dieu fait, pour alimenter, disent-ils, le budget destiné à couvrir les frais des élections de2020 ? Pierre Nkurunziza préparerait-il le règne sans partage d’un successeur parmi les généraux membres de son cercle rapproché ? Un général imprudent se rêverait-il déjà Calife à la place du Grand Calife ?

Pierre Nkurunziza entretient un climat de tension permanente et de propagande assidue contre les Tutsi, Mujeri, contre les Hutu, Bipinga ou « pneus à brûler », contre les Burundais qui n’acceptent pas son régime dictatorial. Il ne laisse jamais de répit à la population. Il maintient un climat de terreur permanente. Ainsi, espère-t-il écraser les opposants sans rencontrer de résistance sérieuse.

A propos de ces élections de 2020 précisément, les imbonerakure, son armée préférée, savent-ils que Pierre Nkurunziza engrange depuis des années des sommes faramineuses d’argent provenant de l’AMISOM, notamment, alors qu’eux-mêmes et leurs familles tirent le diable par la queue ? En réalité, Pierre Nkurunziza, n’aurait pas besoin de levées de fonds extorquées par la menace et l’intimidation.

Au moins jusqu’en l’an 2060, Pierre Nkurunziza pourrait, s’il le souhaitait, financer sur sa fortune personnelle, des élections où il serait candidat et où « la présidence à vie » lui serait assurée à l’avance. Mais au fait, pourquoi brigue-t-il « une présidence à vie » alors que la vie elle-même n’est jamais assurée à vie ? Allez savoir. Il a sans doute des confidences de l’Éternel en la matière !

En même temps, les organisations humanitaires estiment à environ 2 millions le nombre de Burundais actuellement en détresse alimentaire. Alors que Pierre Nkurunziza a accumulé des fortunes qui lui ont permis, notamment, de construire à Buye, son bled natal, un stade olympique mirobolant et un palace, Ruhuka Hôtel, qui compte plusieurs chambres et qui jouxte ce stade précisément.

Le magot de l’AMISOM

Plusieurs sources crédibles et concordantes au sein du CNDD-FDD et du Service National du Renseignement (SNR) indiquent que des sommes énormes gagnées grâce aux troupes burundaises en Somalie et en Centrafrique permettent à Pierre Nkurunziza d’entretenir le réseau d’imbonerakure à l’intérieur et à l’extérieur du pays et de payer leur solde aux Interahamwe rwandais rengagés à son service. Les membres de la milice imbonerakure envoyés à l’étranger ont mission de traquer et de harceler des réfugiés burundais ciblés et de les éliminer en douce au besoin.

Ruhuka Hôtel à Buye – Ngozi

Les Nations Unies, les États Unis, l’Union Européenne, l’Union Africaine et la Communauté Est Africaine, constituent-ils des complices objectifs de Pierre Nkurunziza ? Puisqu’ils lui permettent d’amasser des milliards de francs par mois grâce, notamment, aux militaires burundais en mission pour sauvegarder la paix en Somalie.  Les réponses à cette question cruciale seront développées dans la deuxième partie de cette chronique.

Encore un exploit remarquable du magicien Pierre Nkurunziza. Il a réussi à embobiner la communauté internationale en proposant des militaires burundais pour des opérations de maintien de la paix dans d’autres pays africains. Alors que le Burundi ne connaît que la paix des cimetières.

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Athanase Karayenga

Fondation Bene Burundi

OPINION

Open letter to H.E President Benjamin W. Mkapa

Dear President, Mkapa

Allow me to take the liberty to write to you this open letter although you don’t know me.  I met you in person for the first time during a conference of Ministers of Information from non-aligned countries. The conference that took place in New Delhi, India, was convened in July 1976 and was chaired by the Prime Minister Indira Gandhi.

Burundi delegation was sitting very close to Tanzania’s delegation. You were then Director of the Tanzania News Agency. At that time, you gave me the impression of a very sharp and friendly journalist.

The last time, I think, I saw you was in Dar Es Salam during the visit Pope Jean-Paul II paid to your country in September 1990. I was one of the several international journalists covering the papal visit to Tanzania, Burundi, Rwanda and Côte d’Ivoire. Mwinyi was then President of Tanzania.

Since then, I know you’ve had a brilliant career as, among others, Minister of Foreign Affairs and later as the Head of State of Tanzania. You are now among the most respected persons in your country.

I’ve also been given to understand you played a key role in helping Mwalimu Julius Nyerere during the first round of negotiations that have been concluded by the Arusha Peace and Reconciliation Accord for Burundi signed on 28th August 2000.

We, Burundians, were very much delighted when you’ve been entrusted to second President Museveni in the current Burundi conflict mediation process. The Heads of States of East African Community couldn’t have made a better choice.

I take the liberty to write to you because I believe you are also a caring and loving father and grandfather for your descendants.  I hope you’ll kindly accept that I refer to this human dimension of your eminent personality and call upon your « ubuntu ».

Now, allow me to briefly introduce myself to you. I am a Burundian citizen leaving in France. I am a seasoned independent journalist and political analysis. I am also an international communication consultant in media and communication. I believe my citizenship and my intellectual and professional profile give me some legitimacy in taking this unusual initiative.

Indeed, I write to you because your recent report submitted to the EAC’s Heads of States during their meeting on 8th September 2016 is very much worrying. Very many Burundians are afraid the current mediation process you are relentlessly conducting could fail.

And this failure would be a terrible disaster for Burundi. So, why this mediation process you are courageously conducting is likely to fail?

First, because, if I may use your very own words, « there is a glaring lack of seriousness and willingnessfrom EAC region in this Burundi crisis to engage in a mediation process that will produce a quick solution to the conflict.  Not to mention the African Union ineffectiveness. The visit of five African Heads of States to Pierre Nkurunziza wasn’t pathetic?

Very many reports have been produced by much respected Burundi civil society organizations, by UN and by AU observers. All these reports are very alarming and the EAC’s Heads of States are aware the situation is, every day, dramatically deteriorating in Burundi. But EAC and the mediator seem only concerned by giving time to Pierre Nkurunziza for him to reinforce his power. Meanwhile Burundi conflict is spilling over the neighboring countries and the region seems unable and unwilling to stop this instability caused by Pierre Nkurunziza.

I am very sorry to disagree with the balance your report tends to strike between the points of view from the current Burundi government and the opposition.

Expressions like « There are those who are saying »…. « Others have expressed…  Some say…. There are allegations by some. » lead one to think there can be a balance of forces between the lion and the gazelle in Serengeti or Ngorongoro National Parks or a balance of forces between Pierre Nkurunziza, the predator, and his victims.  Moreover, the report gives a depressing impression that the most pressing issue in this Burundi mediation process is for EAC’s Heads of States to find more money to extend your mission.

The second reason why this mediation process is likely to fail, apart from EAC’s inaction and indulgence to Pierre Nkurunziza, is that it is very badly named.  Indeed, the current Burundi conflict mediation process is not a « dialogue » between the de facto government of Burundi and the opposition. Between the two parties, there is a huge political divide. Therefore, the current search for peace in Burundi should correctly be named like the first one. It’s yet a second peace « negotiations » process like the one that took place in Arusha and was completed in August 2000.

Moreover, amicable settlement of a conflict through a civilized dialogue is possible when the two parties share fundamental vision on key issues put on the table.

As you know, there is no way at all the current Burundi government will ever change its mind through what is wrongly named dialogue without political, diplomatic, economic and even military coercion. Pierre Nkurunziza will use all his power to sabotage the mediation process and to reinforce his dictatorship. The same applies to the opposition. It will also use all its political and diplomatic influence and even military means to get Pierre Nkurunziza out of the game. Therefore, there is, for the time being, no crossroad where the two parties could meet, sit around a table and share a common vision on Burundi’s future.

In Burundi, we have a very enrooted tradition of « Bashingantahe », or peace settlement and conflict mitigation system. Judges, respected and trusted by the people, listen as you did to all parties and, at the end of the day, indicate which party is wrong and which one is right.

May I suggest you take inspiration on this wonderful Burundi traditional peace and justice mechanism. Independent and wise international « Bashingantahe » invited from Africa and abroad, eminent personalities, women and men, from all walks, could bring both parties to accept the decision taken by them. And afterwards their decision would be blessed and endorsed by the EAC’s Heads of States, by the African Union and by the United Nations.

Otherwise, I believe there is no chance at all, for EAC’s Heads of States to take a strong and quick decision regarding Burundi crisis. You are very well placed to know that Heads of States often have very many contradictory and conflicting agenda. The popular say indicating there is never « love » but « interests » between States finds an application field in this Burundi conflict mediation process.

Nobody knowing the turbulent and recent history of our region can expect the EAC’s Heads of States to ever come up with a compelling decision against one of their pair, namely Pierre Nkurunziza. Some EAC’s Heads of States seem even to ignore or to underestimate the fundamental reasons why Burundians, especially the youth, are fighting and dying for every day.

Why EAC’s Heads of States have never condemned the crimes committed by Pierre Nkurunziza so far? Quite recently, while you were submitting your report to them, Pierre Nkurunziza who was supposed to be with his pairs in Dar Es Salam, was instead testing new beds in a lodge at the border between Tanzania and Burundi. What a shame! And the EAC’s Heads of States didn’t diplomatically express any discontent after Pierre Nkurunziza’s contempt for EAC.

In 1996, when a severe economic embargo has been imposed to Pierre Buyoya after his second coup d’Etat. A report funded by USAID and produced by the East African Commerce Chamber based in Nairobi, has brought to evidence that local, regional and international mafias had monopolized the exchanges between Burundi and the neighboring countries which were losing huge amounts of income and taxes. When this report was submitted to Daniel Arap Moi, the former Kenya president decided to immediately break the embargo and he instructed his services to allow flights to Burundi to depart from Eldoret. And that was the end of the embargo.

Taking into consideration this historical background one could understand the reasons why EAC’s Heads of States are maybe hesitating to use a formal and strict economic embargo to put pressure on Pierre Nkurunziza and to bring him around the negotiations table in Arusha II. But Pierre Nkurunziza has already anticipated this embargo. Infringing EAC’s conventions on free movement of people and goods, he has almost closed the borders between Burundi and his neighboring countries of the North corridor and he has prohibited Burundi farmers to sell their productions in Tanzania and Rwanda.  Therefore, EAC’s Heads of States should not hesitate any longer and should enact an economic embargo since Pierre Nkurunziza has already locked Burundi’s boundaries.

The root cause of the current Burundi crisis is not the third mandate Pierre Nkurunziza has decided to grasp by force. Of course, this third mandate is obviously illegal. But Pierre Nkurunziza is using it just as an opportunity or a pretext to enslave Burundi people and to wreak havoc in the country and to stay on power for ever at any cost.

After all, the current auto-proclaimed president of Burundi could have imposed his cursed mandate only by putting a heavy hand on the country using only his police, military, intelligence forces and his militia.  Pierre Nkurunziza could have exerted his deadly power without killing, torturing and jailing thousands of opponents, without covering criminal rapes of women, without cheating during the electoral process, without destroying the political parties, without putting fire to free media, without banning free civil society organizations, without sending hundreds of thousands people into exile, without ruining the country’s economy through a mega corruption system, without encouraging his damned militia, imbonerakure, to permanently harass the people in some Bujumbura’s quarters and corners of the country and to extort money from the people.

Finally, Pierre Nkurunziza could have been a kind of typical African dictator we are all familiar with without insulting neighboring or remote countries who used to be Burundi’s partners and friends. Much more worrying. Pierre Nkurunziza’s high ranking people, in his party, have been instructed by him to ignite the torch of « hate speech and stigmatization of Tutsi », to kick start a genocide process against them and to commit very many crimes against humanity against Hutu and Tutsi victims.

Please try to convince EAC’s reluctant Heads of States that Burundi people are fighting for their fundamental rights, among others, for the right to life, to work, to education, to health, for the freedom of expression, freedom to demonstrate, freedom to create and run private enterprises, etc. These basic human rights are not negotiable, but they are now denied to Burundi people by Pierre Nkurunziza’s insane regime.

Therefore, since Pierre Nkurunziza has no alternative political programme than using his cursed third mandate in order to destroy Burundi fundamental democratic principles, the Arusha Peace and Reconciliation Accord and the current constitution, since EAC’s Heads of States are staying idle and indifferent to Burundi’s fate, please constitute an International and Independent Jury of « Bashingantahe » that will tell Pierre Nkurunziza he is wrong and that he should immediately step down and let a new coalition government, comprising both ministers from the government wing and from the opposition wing to rebuild the country.

A national union government without Pierre Nkurunziza could prepare new elections through a transparent and fair electoral process. It would deter Burundi new rebellions to use weapons and prefer nonviolent fight against Pierre Nkurunziza’s dictatorship.

By the way, these rebellion forces could be integrated into the current army and police as this has successfully been accomplished after the signature of Arusha Peace and Reconciliation Accord. Finally, this national union government should repatriate all the refugees and help them to get to back to their homes.

Political prisoners should also be all released, and a Special Tribunal for Burundi should be put up the soonest as stipulated in Arusha Accord to fight against impunity.

If ever the mediation process through EAC’s Heads of States or through the suggested system of international Bashingantahe cannot come up with a quick and viable solution for Burundi, please consider requesting from the region to stop this expensive and fruitless diplomatic initiative.  Pierre Nkurunziza’s victims deserve a better consideration and Burundians committed to safeguard human rights, democracy and freedom will find a way to liberate themselves alone.

As you may know, Julius Nyerere has been the strongest support of Prince Louis Rwagasore during the fight for independence in early 1960’s. Even the money to cover the travel of Rwagasore envoys to UN Headquarter in New York to plead for independence has been paid for by a private company established in Tanganika Territory at the request of the much respected Mwalimu Julius Nyerere.

You personally, you can now play the same key role Mwalimu Julius Nyerere has played in helping Burundi to liberate itself with democratic and nonviolent methods Louis Rwagasore has used. You can also help Burundi to get rid of a dictator as Mwalimu Julius Nyerere did to get rid of Idi Amin Dada in Uganda. If I wasn’t afraid of taking too much of your precious time, I would have told you the hilarious joke about Idi Amin Dada Mwalimu Julius Nyerere told Jean Baptiste Bagaza in Zanzibar. The former president of Burundi had been invited to attend the launch of Chama cha Mapinduzi after Tanu party and Zanzibar party merging. How dinosaurs became extinct, asked Julius Nyerere to Bagaza?

Finally, allow me to call upon your « ubuntu » as mentioned above. The rainy season has probably started in Burundian refugee camps in Tanzania, DRC, Uganda, Kenya, Rwanda, Malawi, Mozambique and Zambia.  Hundreds of thousands of Burundian people leave in very miserable conditions under tents or fragile homes. Very many kids are suffering hunger, disease and cold. Very many of them are stranded alone without their parents to take care of them and to send them to school. This is a tragedy.

Please do all you can, as a caring and loving father and grandfather to save these Burundi kids at least. Please tell EAC’s Heads of States to stop beating about the bush in this Burundi crisis.

Yours respectfully,

Athanase Karayenga

24th September 2016

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CULTURE

Le Murinzi : l’arbre protecteur du Burundi

Dans la religion traditionnelle que le Burundi partage avec le Rwanda, le culte dédié à Imana, le Dieu unique de cette croyance partagée, était organisé par les adeptes au cours des cérémonies ésotériques du  kubandwa. 

Lors de ce culte, Ryangombe ou Kiranga, deux personnages différents ou un seul personnage portant les deux noms, le doute n’est pas encore levé, officiaient comme intermédiaires entre lmana et les humains.

Une écrivaine rwando-française, Scolastique Mukasonga, dans son roman palpitant, « Notre Dame du Nil », Prix Renaudot 2012, évoque dans son livre une mythologie qui affirme que lorsque Ryangombe est décédé, il a été enterré au pied d’un arbre, l’Erythrine, nommé au Burundi, selon les régions, Murinzi ou Mugumya et Mulinzi ou Muko au Rwanda.

Le sang de Ryangombe aurait remonté dans les fleurs de cet arbre. C’est pour cette raison que les fleurs de l’Érythrine, sont devenues rouges, à savoir la couleur du sang de Ryangombe.

Par ailleurs, selon la tradition exclusivement burundaise, pour le coup, le bâton (Intahe) dont les Bashingantahe, Juges de Paix, se servent pour arbitrer les conflits dans la société, était cueilli sur une branche de l’Érythrine. Du reste, le culte de kubandwa se déroulait souvent au pied du Murinzi.

Au Rwanda, la tradition voulait que des bosquets de Mulinzi ou Muko soient plantés à côté des tombes des rois.

Ainsi, les ombres qui se trouvent au pied de l’arbre du Murinzi dans le logo « Bene Burundi » symbolisent-elles le rassemblement des adeptes du culte de kubandwa ou tout simplement le peuple burundais.

Cet arbre, planté dans tous les rugo des Burundais, enclos entourant leurs maisons, aurait aussi des vertus médicinales.

Et quand la floraison des fleurs de l’Erythrine est terminée, l’arbre produit des billes rouges avec lesquels les enfants jouent. Ces billes s’appellent uburunga. Or, dans une évocation populaire courante, ne dit-on pas  » u Burundi bwa Seburunga  » ou  » le Burundi de Seburunga » ?  D’où vient cette invocation ? Et quel est son sens ?

Cet arbre, qui de toute évidence occupe une place à part dans la mythologie burundaise, incarne la nation burundaise et possédait, selon la tradition, un pouvoir religieux, médicinal et judiciaire.

Est-ce par hasard, ou à bon escient que son nom a été repris par les partis politiques burundais, l’UPRONA pour nommer son siège « Ku Mugumya » ou le CNDD-FDD pour appeler ses adeptes  » Abagumyabanga ». En référence peut-être aux secrets du culte ésotérique du kubandwa qui se déroulait au pied du Murinzi ? Allez savoir !

En tout état de cause, les fleurs de l’Érythrine, dont la photo illustre les pages du site http://www.beneburundi.wordpress.com et qui sont visibles dans le logo de Bene Burundi, évoquent le sang des victimes de la dictature qui a réprimé, avec une violence extrême, la contestation, par la jeunesse burundaise, du troisième mandat de Pierre Nkurunziza. Le sang de ces victimes réclame Justice.

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Par Athanase Karayenga